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Pierre-Yves Le Borgn’: ses idées, son projet pour la 7ème circonscription. Interview exclusive de la section de Munich

C’est désormais connu – et encore plus avec le post précédent 😉 : en juin prochain, vous Français de l’étranger serez appelés à voter pour la première fois pour des députés de votre circonscription de l’étranger, qui vous représenterons à l’Assemblée nationale !

Nombre d’entre vous n’ont pas eu l’occasion de rencontrer Pierre-Yves Le Borgn’, le candidat PS de la 7ème circonscription des Français de l’étranger, et par ailleurs secrétaire de la Fédération des Français de l’Etranger (FFE) du PS, lors de sa visite dans la Hansestadt, en septembre dernier.

Avant de pouvoir rencontrer et débattre avec Pierre-Yves lors de sa prochaine venue à Hambourg (plus de détails à ce sujet postés ici en temps voulu !), voici une interview très complète qu’ont menée les membres de la section de Munich avec lui, alors qu’il était en visite dans le sud de l’Allemagne.

< L’interview a été publiée dans la newsletter bimestrielle de la section de Munich de Novembre/Décembre 2011. Si vous souhaitez vous y abonner, envoyer un mail à : munich@ffe-ps.org.

 

Pascale Seux (suppléante de Pierre-Yves Le Borgn’), François Hollande et Pierre-Yves Le Borgn’ (candidat aux législatives dans la 7ème circonscription des Français de l’Etranger)

 

Section de Munich : Peux-tu nous rappeler brièvement le parcours qui t’a amené à être aujourd’hui le candidat du PS aux élections législatives dans la 7ème circonscription des Français de l’étranger?

Pierre-Yves Le Borgn’ : J’ai présenté en février 2010 ma candidature à la candidature dans le cadre du processus de primaires militantes que le Parti Socialiste avait engagé pour le choix de ses candidats aux élections législatives à l’étranger. Je milite au PS depuis 1988 et souhaitais, après une première expérience de dix années de mandat comme Conseiller à l’Assemblée des Français de l’Etranger (AFE), gagner le droit de porter les couleurs du PS à cette élection essentielle pour la représentation de nos compatriotes établis hors de France. J’ai été désigné candidat par les militants de la 7ème circonscription en décembre 2010 et ai lancé ma campagne depuis lors, parcourant la circonscription entre réunions publiques et visites à des évènements importants de la circonscription tout au long de l’année 2011.

Je suis juriste international de formation. J’occupe des fonctions dirigeantes dans le domaine de l’énergie solaire, travaillant pour une société américaine dont les sièges européens sont à Mayence et Francfort/Oder. Je vis à l’étranger depuis 1990, ayant successivement connu les Etats-Unis, le Luxembourg, la Belgique et l’Allemagne comme terres de destination. J’aime l’étranger. Je m’y sens bien et c’est tout naturellement que j’ai souhaité y poursuivre mon engagement socialiste, et européen entamé dans mon Finistère natal. Je suis le Premier Secrétaire de la Fédération des Français à l’Etranger du PS depuis 2003. Les Français à l’étranger sont une chance pour notre pays, à condition que celui-ci agisse pour les aider, les encourager et les reconnaître comme parties intégrantes de la communauté nationale. La droite ne l’a pas fait. La gauche le fera. Français à l’étranger, Français à part entière, telle est ma conviction !

Quel sera le rôle d’un député d’une circonscription à l’étranger et quel poids peuvent avoir ces 11 futurs députés de circonscriptions hors de France dans une Assemblée Nationale comprenant 577 membres?

Le rôle d’un député d’une circonscription à l’étranger sera le même que celui d’un député dans une circonscription en France : un plein et entier parlementaire de la Nation, se nourrissant des attentes et appréciations de ses électeurs pour nourrir son travail de législateur au profit de la communauté nationale toute entière. Je place les attentes des Français de l’étranger dans le cadre politique national et non à ses marges. Les députés des Français de l’étranger ne seront en rien singuliers. Si les Consulats ferment aujourd’hui, si les tournées consulaires dans les petites villes de notre circonscription diminuent, voire disparaissent, c’est parce que la droite a sabré de manière inconsidérée dans le budget du Ministère des Affaires Etrangères. Et c’est donc cette austérité contre les citoyens qu’il faut combattre. Ce sont ceux qui sont les plus humbles qui souffrent le plus de ce retrait de l’Etat. Je serai présent dans la circonscription par une permanence parlementaire que j’ouvrirai en Allemagne. Je voyagerai également dans toutes les grandes villes de la circonscription et irai au contact de nos compatriotes, notamment du réseau associatif qui fait la richesse de nos communautés à l’étranger. Je tiendrai des réunions publiques de compte-rendu de mandat dans chaque ville visitée. Je m’investirai dans le débat législatif en relation avec les sénateurs des Français de l’étranger et me battrai pour faire aboutir nos projets en circonscription dans la navette parlementaire, comme le font par exemple les députés et sénateurs du Finistère. Je travaillerai avec le souci du résultat. Chaque petit progrès est bon à prendre, s’il va dans le sens de l’intérêt général et du lien citoyen. J’y donnerai le meilleur de moi-même.

Dans la conjoncture actuelle où les salariés sont incités à être mobile géographiquement et les étudiants encouragés à séjourner à l’étranger, beaucoup de citoyens européens s’expatrient un peu partout en Europe, certains deviennent même binationaux ou évoluent au sein d’un couple binational. Mais on a l’impression que les populations européennes avancent plus vite dans la construction européenne que les institutions censées les représenter et les lois censées les protéger, notamment d’un point de vue du droit familial. Quel est ton projet pour protéger nos concitoyens hors de France?

La binationalité est une richesse. La biculturalité aussi. De plus en plus, nos vies se construisent sur plusieurs pays, plusieurs histoires. Je suis moi-même le papa d’un petit garçon espagnol et français. J’ai rencontré mon épouse espagnole dans un cours du soir de portugais en Belgique. Nous avons tous deux, à quelques années de distance, étudié au Collège d’Europe à Bruges. Je connais donc ces questions au quotidien ! Député, je voudrais faire de la traduction concrète de la mobilité en Europe le cœur de mon travail parlementaire. Celles et ceux dont la vie repose sur plusieurs pays ne devraient pas galérer pour faire reconnaître leurs diplômes ou leurs multiples expériences professionnelles. Or les étudiants voyagent bien mieux que leurs diplômes ! Et il reste encore plus de 800 professions réglementées en Europe, peu ou pas accessibles.

Le droit de la famille est une question fondamentale pour notre circonscription. J’applaudis à la mise en place d’un régime matrimonial franco-allemand en 2010, mais m’insurge contre l’inaction du gouvernement à le faire ratifier par le Parlement bientôt deux ans après sa signature. Il y a 170 000 divorces transnationaux par an et 450 000 successions transnationales. Cela entraîne toute une série de questions, souvent douloureuses, de détermination du droit applicable et du juge compétent. Je connais aussi toutes les souffrances qui proviennent des enlèvements d’enfants en dépit des décisions de garde prises en justice. C’est un sujet particulièrement lourd entre la France et l’Allemagne. Je pense que ces questions requièrent qu’un parlementaire y consacre son mandat et je souhaite être ce parlementaire-là, pour des solutions franco-allemandes, qui fassent môle et constituent ainsi les éléments d’une coopération renforcée entre Etats européens désireux d’aller plus loin ensemble.

Le couple franco-allemand, plus de 50 ans après la création de l’Union Européenne est encore et toujours le moteur de la construction européenne, même si celle-ci semble un peu en panne en ce moment. Ton rôle si tu es élu sera-t-il de justement d’utiliser ta position de député français dans une circonscription comprenant l’Allemagne, pour tenter de faire avancer cette construction européenne ?

Tout à fait. Je voudrais être l’aiguillon, le poil à gratter qui fasse avancer le couple franco-allemand vers des projets et surtout des résultats concrets. J’ai illustré dans la réponse à la question précédente ma conviction que la construction européenne a besoin de coopérations renforcées ou de noyaux durs de quelques Etats pour avancer. Je ne crois plus trop, malheureusement, à des progrès significatifs à 27 Etats membres, encore moins lorsque Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, tellement à l’opposé du leg de François Mitterrand et Helmut Kohl, mettent en place un diktat de fait qui dresse le reste de l’Europe contre le couple franco-allemand. La France et l’Allemagne ne doivent ni imposer, ni caporaliser, encore moins humilier. Nos deux pays doivent au contraire entraîner, convaincre, donner envie de créer le mouvement. Pourquoi par exemple ne pas imaginer un noyau dur franco-allemand dans le domaine des successions, avec un certificat successoral franco-allemand, préfigurant le certificat successoral européen ? Il n’y a pas loin de 100 000 successions franco-allemandes par an qui s’en trouveraient facilitées.

Quels sont les problèmes les plus importants que rencontrent les Français établis hors de France et quelles sont tes solutions?

Les problèmes relèvent à la fois du retrait de l’Etat dans l’ensemble de nos réseaux à l’étranger et de l’absence de réponse politique, tant au plan national qu’européen. Le réseau consulaire a été très endommagé durant la décennie écoulée. Les activités consulaires ont disparu à Stuttgart, Sarrebruck, Düsseldorf et Hambourg alors même qu’un nombre croissant de compatriotes vivent dans ces villes et régions. Le coût de l’enseignement dans les lycées français est allé croissant, provoquant une exclusion par l’argent qui est insupportable. Les instituts culturels ont fermé dans de nombreuses villes, signalant le désintérêt de la France pour la diplomatie culturelle dans notre circonscription. Tous nos réseaux sont soumis à cette logique de peau de chagrin, relevant d’une seule perspective comptable. Disons-le crûment : la droite au pouvoir a fait des Français à l’étranger une variable d’ajustement budgétaire. A l’étranger, pour nous, c’est toujours moins.

Face à cela, je défends le réarmement de la puissance publique. Il faut revenir sur les emplois consulaires supprimés depuis 2007. Le Consulat est pour longtemps encore notre mairie à l’étranger. Je tiens en particulier à ce que reprennent et s’intensifient les tournées consulaires sur l’ensemble des territoires de notre circonscription. Je propose dans ce cadre qu’une évaluation des besoins et résultats de notre réseau consulaire soit conduite au contact des usagers eux-mêmes afin de déterminer les priorités d’action au cours de la législature. Sur le volet de l’enseignement, je soutiens l’idée de fusionner les crédits des bourses à caractère social et de la fausse gratuité Sarkozy dans les classes de terminale, première et seconde afin de rendre l’enseignement gratuit ou moins onéreux dans toutes les classes pour les familles qui n’ont pas les moyens de scolariser leurs enfants dans les lycées français.

J’entends aussi promouvoir un approfondissement des filières bilingues d’enseignement afin que les enfants français puissent trouver une solution dans l’enseignement public du pays de résidence. Cela devra s’accompagner d’une double certification, bien sûr. J’encouragerai par ailleurs l’intensification des projets FLAM (Français Langue Maternelle) afin que chaque famille qui le souhaite puisse ainsi permettre à ses enfants d’accéder à la culture et à la langue française sans que cela ne soit réservé aux seules grandes villes. Je souhaite par ailleurs m’engager pour des solutions européennes ou de noyaux durs non seulement en droit de la famille, mais aussi sur la reconnaissance des diplômes, la formation professionnelle, l’exportation des prestations de chômage, la coordination des retraites complémentaires et l’hospitalisation transfrontalière.

Maintenant que le Sénat est passé à gauche, on espère que l’Assemblée Nationale passera à gauche aussi! Si tel était le cas, la gauche aurait la possibilité de changer les lois dites « organiques ». Quelles sont d’après toi les lois organiques qu’il est urgent de changer ?

Je pense que le passage à gauche du Sénat, assemblée représentative de nos territoires et collectivités locales, permettra d’aller plus loin dans la décentralisation des compétences, mais aussi des ressources humaines et financières au niveau local. Je suis un décentralisateur convaincu. Je souhaite que l’esprit de la décentralisation version François Mitterrand et Gaston Deferre soit appliqué à certaines des matières relevant aujourd’hui de la Direction des Français à l’Etranger du Quai d’Orsay. Les décisions sur l’action sociale, les bourses scolaires, la formation professionnelle et les aides à l’emploi doivent être prises au plus près des réalités de terrain et non de manière uniforme depuis Paris. Je plaide ainsi pour le transfert de ces compétences à l’Assemblée des Français de l’Etranger (AFE), qui évoluerait ainsi d’organisme, certes élu au suffrage universel, mais consultatif à décisionnel. L’AFE assurerait aussi la tutelle aux côtés de l’Etat sur l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE) et les filières bilingues d’enseignement.

Connais-tu tes adversaires pour ce poste de député de la 7ème circonscription des Français de l’Etranger ? Qu’en penses-tu ?

Certains partis politiques ont désigné leurs candidats. D’autres pas encore. Je respecte chacune et chacun, dans la diversité de nos opinions et projets respectifs. Au-delà, j’aurai à cœur de parler politique et de refuser un débat en faux rythme au motif qu’il serait un peu sale ou indélicat d’afficher nos différences à l’étranger. Je réfute cette idée. C’est en parlant politique, projets et résultats que l’on passionne nos compatriotes, pas en se cachant derrière un apolitisme paternaliste et réducteur. Les Français de l’étranger attendent un débat politique et j’y contribuerai, à gauche, clairement.

Tu travailles pour un leader mondial de la construction de panneaux solaires. Penses-tu que l’on assistera un jour à une mise en place d’une politique énergétique commune en Europe ?

Une politique commune de l’énergie est une perspective bien lointaine tant est ancrée dans tous nos Etats l’idée que l’énergie relève de la sphère nationale. Changer cela prendra du temps. Par contre, ce qu’il est possible d’engager dès à présent, c’est la convergence de certains aspects de la politique énergétique tels la sobriété ou le développement des énergies renouvelables. Pour avancer vers une économie décarbonée et sortir du nucléaire, il faut un investissement énorme dans la modernisation de nos réseaux de transport d’électricité dans les Etats et entre les Etats. Nous n’y viendrons que si l’Union européenne se fixe un objectif ambitieux et contraignant de part d’énergies renouvelables dans le bouquet énergétique pour 2040, au-delà des fameux 20% pour 2020. Seules ces contraintes européennes seront à même de créer la confiance pour permettre les investissements productifs et manufacturiers nécessaires. Pour moi, le dossier de l’énergie ne peut être séparé de celui de l’emploi. Les Européens n’accepteront de changer de paradigme énergétique que s’ils constatent, palpent et vivent les nouveaux emplois créés dans le secteur de l’énergie et des réseaux.

 

Lien: http://munich.ffe-ps.org/2012/01/25/pierre-yves-le-borgn-repond-a-la-section-de-munich/

 

Par Isabelle MARAS

 

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